... de mains en mains une pratique autre



Salle 310, institut supérieur des arts de Toulouse, du 23 au 26 septembre 2020

Workshop avec Socheata Aing, Valérie du Chéné, Hsing-Fu Chung, Aurore Clavier, Thibault Gaudry,
Naomi Henry, Anne Jourdain, Romane Laillet, Charlie Raingeard, Diane Réa, Aria Rolland , Hervé Sénant,
Alizée Trincat et les membres du groupe de recherche genre 2030


En mars 2020, le groupe de recherche genre 2030 invita Clément Rodzielski à mener un workshop à l'institut supérieur des arts de Toulouse. Ayant été membre de ce groupe en tant qu'étudiant puis jeune artiste, je fus invité, au même titre que trois autres diplômé·es, à y participer.
Clément nous proposa de nous « reposer de nous même (...), de moins nous préoccuper de notre travail, pratique, labeur quotidien pour passer la main, confier à l'autre d'en prendre soin et de faire ronde ensemble. (...) Libérés un temps du souci de soi, ce serait l'occasion d'observer ces métamorphoses ».

Emmanuel Simon


Au cours du workshop nos pratiques en d’autres mains..., le départ contraint de Clément Rodzielski nous révélait nos capacités à reprendre le relais, à maintenir collectivement sous des contributions diverses l’énergie et l’acuité de la conversation, la liberté des explorations. Un autre stade de la recherche, plus audacieux, devenant alors possible, genre 2030 propose à l’un de ses membres invités, Emmanuel Simon, de co-construire une expérience de désappropriation des pratiques individuelles au profit, par leurs passages de mains en mains, de formes émergentes partagées.

genre 2030
En plaçant d’emblée l’ensemble de ses participant·es sur un plan d’horizontalité, le workshop de Clément Rodzielski nous préparait à notre insu, en cette veille de confinement, à d’autres manières de travailler et de vivre ensemble. Libéré·es de toute obsession de hiérarchie, de volonté de domination, il s’agissait simplement de se reposer de soi pour faire place à l’autre et prendre soin de sa pratique.

À présent que nous savons pouvoir nous dépouiller de nos statuts, explorer avec curiosité les îles de chacun, en déceler quelques uns des trésors et vivre en archipel, s’ouvre à nous la possibilité de nous risquer plus loin là où, dans des œuvres à plusieurs mains, les eaux de la maternité ou de la paternité de l’œuvre en viennent à se troubler, où les identités figées en viennent à se dissoudre, pour transmigrer en l’autre, là où deviennent de moins en moins lisibles la marque de chacun·e au profit de la respiration de tous et toutes. Car, pour le dire comme Emanuele Coccia dans Métamorphoses : « Tout moi véhicule l’esprit des autres : ses idées, son souffle, son passé. C’est seulement grâce à cette capacité de transmigration psychique (…) que quelque chose comme une communauté est possible. »


Hervé Sénant et Emmanuel Simon





Crédit photos Christine Sibran